J'appelle Cheval ce qui maudit le sol et m'en éloigne, ce qui me hisse et me force à ne pas tomber, ce qui me piétinerait à mort si je cédais à la tentation de la boue, ce qui me fait danser le c½ur et hennir le ventre, ce qui me jette dans une allure si frénétique que je dois plisser les paupières, car la lumière la plus pure n'éblouira jamais autant que la gifle de l'air. J'appelle Cheval cet endroit unique où il est possible de perdre tout ancrage, toute pensée, toute conscience, toute idée du lendemain, pour ne plus être qu'un élan, pour être ce qui déferle. J'appelle Cheval cet accès à l'infini et j'appelle chevauchée ce moment où je retrouve les multitudes de Mongols, de Tartares, de Sarrasins, de Peaux-Rouges ou autres frères de galops qui ont vécu pour être cavaliers, c'est à dire pour être.
Amélie Nothomb